L’histoire du football camerounais est une épopée aussi glorieuse que tourmentée. Pendant quinze ans, la sélection a sombré, passant de géant du continent à une équipe en perte de repères. Peu auraient imaginé qu’en 2017, ce Cameroun-là, affaibli, abandonné par plusieurs cadres, allait conquérir l’Afrique une cinquième fois. Pourtant, contre toute attente, c’est bien le Cameroun qui est reparti du Gabon avec le trophée de la CAN 2017. Un exploit aussi inespéré qu’électrisant.
Un Cameroun sans âmes, sans étoiles… et sans espoir
Avant le début du tournoi, peu d’observateurs plaçaient le Cameroun parmi les favoris. La sélection, minée par les querelles internes, par une instabilité chronique sur le banc et par un manque de leadership évident, abordait la CAN 2017 sans plusieurs cadres majeurs. Joël Matip, Eric Maxim Choupo-Moting, Allan Nyom et d’autres avaient préféré décliner la convocation, révélant un malaise profond entre les joueurs et la fédération.
À cela s’ajoutait un effectif jeune et inexpérimenté, promis à une élimination prématurée selon les pronostics. Les absents faisaient davantage parler qu’une équipe considérée comme ordinaire. Pourtant, ceux qui avaient fait le choix de répondre à l’appel de la sélection ont montré une force de caractère inattendue.
Une montée en puissance silencieuse
Le Cameroun a démarré cette CAN 2017 dans l’ombre, presque timidement. Un nul poussif contre le Burkina Faso et une victoire arrachée face à la Guinée-Bissau n’ont pas suffi à convaincre. Il aura fallu attendre le choc face au Gabon, pays hôte, pour apercevoir un frisson. Face à une équipe sous pression et un stade acquis à la cause des Panthères, les Lions ont tenu bon. Un match nul a suffi pour décrocher une qualification en quart de finale. À ce stade, rien ne laissait encore présager un sacre final.
Puis vinrent les tests de caractère. Le quart de finale contre le Sénégal fut une guerre de nerfs. Pendant 120 minutes, les Camerounais ont tenu tête aux Lions de la Teranga, avant de les terrasser aux tirs au but. Ce fut le premier vrai signal d’alerte : cette équipe, prétendument sans âme, était prête à tout pour déjouer les pronostics.
Un sacre dans la pure tradition camerounaise
La demi-finale contre le Ghana fut une autre démonstration de résilience. Cette fois-ci, pas de séance de tirs au but, mais une victoire nette (2-0), obtenue grâce à une intensité physique et une abnégation qui rappelaient les grandes heures des Lions Indomptables.
Et puis, il y eut cette finale. Une affiche Cameroun-Égypte, comme en 2008, mais avec un dénouement bien différent. Menés au score, les Lions ont renversé la rencontre grâce à l’entrée en jeu d’un homme : Vincent Aboubakar. Son but à la 88e minute, un chef-d’œuvre de détermination et de technique, a scellé l’exploit. Ce but-là n’était pas seulement celui d’un attaquant inspiré, il était celui d’une nation qui refusait de rester à terre, celui d’une génération qui voulait écrire sa propre histoire.
Un triomphe au goût de renaissance
Au-delà du titre, c’est l’identité du football camerounais qui a été retrouvée. Ce sacre, arraché avec des joueurs rejetés, des jeunes affamés et un sélectionneur, Hugo Broos, que personne n’attendait, est un pied de nez à toutes les prédictions. Les absents ont eu tort. Ce Cameroun-là, celui de l’envie, du courage et de la hargne, est celui qui a toujours fait vibrer l’Afrique.
Reste à savoir si cette victoire représentait une véritable renaissance ou un simple sursaut d’orgueil. Avec le recul, l’après-2017 n’a pas forcément confirmé un retour durable au sommet. Mais en cette année-là, les Lions Indomptables ont prouvé que le Cameroun, même au bord du précipice, pouvait toujours rugir et surprendre.


